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Shortlist 2013, A5

Domaine : Algèbre · Difficulté : ★★★☆☆ · Proposé par : Serbia

Concepts : Équations fonctionnelles : substitutions, injectivité, surjectivité · Double comptage · Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler

Solution officielle : Shortlist officielle 2013 (avec solutions), p. 16 (page 16 du PDF)

Énoncé

Let \(\mathbb{Z}_{\geq 0}\) be the set of all nonnegative integers. Find all the functions \(f : \mathbb{Z}_{\geq 0} \to \mathbb{Z}_{\geq 0}\) satisfying the relation

\[f(f(f(n))) = f(n + 1) + 1 \tag{$\ast$}\]

for all \(n \in \mathbb{Z}_{\geq 0}\).

Indices : les idées clés
  • Substitutions : \(f^4(n) + 1 = f^4(n + 1)\), donc \(f^4(n) = n + c\) ; \(f\) est injective et \(f(n + c) = f(n) + c\).
  • Images emboîtées (solution 1) : les ensembles \(S_i = R_{i-1} \setminus R_i\) (où \(R_i\) est l'image de \(f^i\)) ont tous le même cardinal \(k\), et un comptage donne \(3k \leq k + 2\), donc \(k = 1\).
  • Double comptage modulo \(c\) (solution 2) : avec \(\delta(n) = f(n) - n\) et \(S = \sum_{n=0}^{c-1} \delta(n)\), on a \(c^2 = 4S\) et \(c^2 = 2S + 2c\), donc \(c = 4\) ; il reste à fixer \(f\) sur \(\{0, 1, 2, 3\}\) (congruences).
Solutions

Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2013 (deux solutions).

Solution 1

Réponse. Il y a deux solutions : \(f(n) = n + 1\) pour tout \(n \in \mathbb{Z}_{\geq 0}\), et

\[f(n) = \begin{cases} n + 1, & n \equiv 0 \pmod 4 \text{ ou } n \equiv 2 \pmod 4, \\ n + 5, & n \equiv 1 \pmod 4, \\ n - 3, & n \equiv 3 \pmod 4 \end{cases} \quad \text{pour tout } n \in \mathbb{Z}_{\geq 0}. \tag{1}\]

Dans toutes les solutions, \(h^k(x)\) désigne la \(k\)-ème itérée de la fonction \(h\) ; ainsi \(h^0\) est l'identité et \(h^k(x) = h(\ldots h(x) \ldots)\) (\(k\) fois) pour \(k \geq 1\).

Pour commencer, \((\ast)\) donne

\[f^4(n) = f(f^3(n)) = f\big(f(n + 1) + 1\big) \quad \text{et} \quad f^4(n + 1) = f^3(f(n + 1)) = f\big(f(n + 1) + 1\big) + 1,\]

donc

\[f^4(n) + 1 = f^4(n + 1). \tag{2}\]

I. Notons \(R_i\) l'image de \(f^i\) ; on a \(R_0 = \mathbb{Z}_{\geq 0}\) puisque \(f^0\) est l'identité. Évidemment, \(R_0 \supseteq R_1 \supseteq \cdots\). D'après (2), si \(a \in R_4\), alors \(a + 1 \in R_4\). Donc \(\mathbb{Z}_{\geq 0} \setminus R_4\), et a fortiori \(\mathbb{Z}_{\geq 0} \setminus R_1\), est fini. En particulier, \(R_1\) n'est pas borné.

Supposons \(f(m) = f(n)\) pour des \(m\) et \(n\) distincts. Alors \((\ast)\) donne \(f(m + 1) = f(n + 1)\) ; par une récurrence facile, \(f(m + c) = f(n + c)\) pour tout \(c \geq 0\). La fonction \(f(k)\) serait donc périodique, de période \(\lvert m - n \rvert\), pour \(k \geq m\), et \(R_1\) serait borné, ce qui est faux. Donc \(f\) est injective.

II. Notons maintenant \(S_i = R_{i-1} \setminus R_i\) ; ces ensembles sont finis pour \(i \leq 4\). Par injectivité, \(n \in S_i \iff f(n) \in S_{i+1}\). Toujours par injectivité, \(f\) réalise une bijection entre \(S_i\) et \(S_{i+1}\), donc \(\lvert S_1 \rvert = \lvert S_2 \rvert = \cdots\) ; notons \(k\) ce cardinal commun. Si \(0 \in R_3\), alors \(0 = f(f(f(n)))\) pour un certain \(n\), et \((\ast)\) donne \(f(n + 1) = -1\), ce qui est impossible. Donc \(0 \in R_0 \setminus R_3 = S_1 \cup S_2 \cup S_3\), et \(k \geq 1\).

Décrivons ensuite les éléments \(b\) de \(R_0 \setminus R_3 = S_1 \cup S_2 \cup S_3\). Chacun d'eux vérifie au moins l'une des trois conditions (i) \(b = 0\), (ii) \(b = f(0) + 1\), (iii) \(b - 1 \in S_1\). Sinon, \(b - 1 \in \mathbb{Z}_{\geq 0}\) et il existe \(n > 0\) tel que \(f(n) = b - 1\) ; mais alors \(f^3(n - 1) = f(n) + 1 = b\), donc \(b \in R_3\).

Cela donne

\[3k = \lvert S_1 \cup S_2 \cup S_3 \rvert \leq 1 + 1 + \lvert S_1 \rvert = k + 2,\]

soit \(k \leq 1\). Donc \(k = 1\), et l'inégalité ci-dessus est une égalité. Ainsi \(S_1 = \{a\}\), \(S_2 = \{f(a)\}\) et \(S_3 = \{f^2(a)\}\) pour un \(a \in \mathbb{Z}_{\geq 0}\), et chacune des trois options (i), (ii), (iii) est réalisée exactement une fois, ce qui signifie que

\[\{a, f(a), f^2(a)\} = \{0, a + 1, f(0) + 1\}. \tag{3}\]

III. D'après (3), \(a + 1 \in \{f(a), f^2(a)\}\) (le cas \(a + 1 = a\) est impossible). Si \(a + 1 = f^2(a)\), alors \(f(a + 1) = f^3(a) = f(a + 1) + 1\), ce qui est absurde. Donc

\[f(a) = a + 1. \tag{4}\]

Ensuite, toujours d'après (3), \(0 \in \{a, f^2(a)\}\). Considérons ces deux cas séparément.

Cas 1 : \(a = 0\). Alors \(f(0) = f(a) = a + 1 = 1\). De plus, (3) donne \(f(1) = f^2(a) = f(0) + 1 = 2\). Montrons que \(f(n) = n + 1\) par récurrence sur \(n\) ; les cas \(n \leq 1\) sont établis. Si \(n \geq 2\), l'hypothèse de récurrence donne

\[n + 1 = f(n - 1) + 1 = f^3(n - 2) = f^2(n - 1) = f(n),\]

ce qui établit l'hérédité. On obtient la première des deux réponses ; on vérifie directement qu'elle satisfait \((\ast)\).

Cas 2 : \(f^2(a) = 0\). Alors (3) donne \(a = f(0) + 1\). Par (4), \(f(a + 1) = f^2(a) = 0\), puis \(f(0) = f^3(a) = f(a + 1) + 1 = 1\), donc \(a = f(0) + 1 = 2\) et \(f(2) = 3\) par (4). En résumé,

\[f(0) = 1, \qquad f(2) = 3, \qquad f(3) = 0.\]

Montrons par récurrence sur \(m\) que (1) est vraie pour tous les \(n = 4k, 4k + 2, 4k + 3\) avec \(k \leq m\), et pour tous les \(n = 4k + 1\) avec \(k < m\). Le cas \(m = 0\) est établi ci-dessus. Pour l'hérédité, supposons \(m \geq 1\). Par \((\ast)\), \(f^3(4m - 3) = f(4m - 2) + 1 = 4m\). Ensuite, par (2),

\[f(4m) = f^4(4m - 3) = f^4(4m - 4) + 1 = f^3(4m - 3) + 1 = 4m + 1.\]

Puis, avec l'hypothèse de récurrence et \((\ast)\), on obtient successivement

\[\begin{aligned} f(4m - 3) &= f^3(4m - 1) = f(4m) + 1 = 4m + 2, \\ f(4m + 2) &= f^3(4m - 4) = f(4m - 3) + 1 = 4m + 3, \\ f(4m + 3) &= f^3(4m - 3) = f(4m - 2) + 1 = 4m, \end{aligned}\]

ce qui achève l'hérédité.

Enfin, on vérifie directement que la fonction construite convient :

\[f^3(4k) = 4k + 7 = f(4k + 1) + 1, \qquad f^3(4k + 1) = 4k + 4 = f(4k + 2) + 1,\]
\[f^3(4k + 2) = 4k + 1 = f(4k + 3) + 1, \qquad f^3(4k + 3) = 4k + 6 = f(4k + 4) + 1. \qquad \blacksquare\]

Solution 2

I. Introduisons la fonction \(g(n) = f(n) + 1\). En substituant \(f(n)\) à \(n\) dans \((\ast)\), on obtient

\[f^4(n) = f\big(f(n) + 1\big) + 1, \quad \text{soit} \quad f^4(n) = g^2(n). \tag{5}\]

En appliquant \(f\) aux deux membres de \((\ast)\) et en utilisant (5),

\[f^4(n) + 1 = f\big(f(n + 1) + 1\big) + 1 = f^4(n + 1). \tag{6}\]

Donc, si \(g^2(0) = f^4(0) = c\), une récurrence facile sur \(n\) montre que

\[g^2(n) = f^4(n) = n + c, \qquad n \in \mathbb{Z}_{\geq 0}. \tag{7}\]

Cette relation montre que \(f\) et \(g\) sont injectives : si par exemple \(f(m) = f(n)\), alors \(m + c = f^4(m) = f^4(n) = n + c\). Ensuite, comme \(g(n) \geq 1\) pour tout \(n\), on a \(c = g^2(0) \geq 1\). Donc, par (7) à nouveau, \(f(n) \neq n\) et \(g(n) \neq n\) pour tout \(n \in \mathbb{Z}_{\geq 0}\).

II. En appliquant \(f\) et \(g\) à (7), on obtient

\[f(n + c) = f^5(n) = f^4(f(n)) = f(n) + c \quad \text{et} \quad g(n + c) = g^3(n) = g(n) + c. \tag{8}\]

En particulier, si \(m \equiv n \pmod c\), alors \(f(m) \equiv f(n) \pmod c\). Réciproquement, si \(f(m) \equiv f(n) \pmod c\), alors \(m + c = f^4(m) \equiv f^4(n) = n + c \pmod c\). Ainsi

\[m \equiv n \pmod c \iff f(m) \equiv f(n) \pmod c \iff g(m) \equiv g(n) \pmod c. \tag{9}\]

Introduisons la fonction \(\delta(n) = f(n) - n = g(n) - n - 1\), et posons

\[S = \sum_{n=0}^{c-1} \delta(n).\]

Par (8), pour tout système complet de résidus \(n_1, \ldots, n_c\) modulo \(c\), on a aussi \(S = \sum_{i=1}^{c} \delta(n_i)\). Par (9), \(\{f^k(n) : n = 0, \ldots, c - 1\}\) et \(\{g^k(n) : n = 0, \ldots, c - 1\}\) sont des systèmes complets de résidus modulo \(c\) pour tout \(k\). On a donc, par double comptage,

\[c^2 = \sum_{n=0}^{c-1} \big(f^4(n) - n\big) = \sum_{k=0}^{3} \sum_{n=0}^{c-1} \big(f^{k+1}(n) - f^k(n)\big) = \sum_{k=0}^{3} \sum_{n=0}^{c-1} \delta(f^k(n)) = 4S\]

et de même

\[c^2 = \sum_{n=0}^{c-1} \big(g^2(n) - n\big) = \sum_{k=0}^{1} \sum_{n=0}^{c-1} \big(g^{k+1}(n) - g^k(n)\big) = \sum_{k=0}^{1} \sum_{n=0}^{c-1} \big(\delta(g^k(n)) + 1\big) = 2S + 2c.\]

Donc \(c^2 = 4S = 2 \cdot 2S = 2(c^2 - 2c)\), soit \(c^2 = 4c\). Comme \(c \neq 0\), on obtient \(c = 4\). D'après (8), il suffit donc de déterminer les valeurs de \(f\) en \(0, 1, 2, 3\).

III. Posons \(d = g(0) \geq 1\). Alors \(g(d) = g^2(0) = 0 + c = 4\). Si \(d \geq 4\), on aurait \(g(d - 4) = g(d) - 4 = 0\), ce qui est impossible. Donc \(d \in \{1, 2, 3\}\). Si \(d = 1\), alors \(f(0) = g(0) - 1 = 0\), ce qui est impossible puisque \(f(n) \neq n\) pour tout \(n\). Si \(d = 3\), alors \(g(3) = g^2(0) = 4\), donc \(f(3) = 3\), ce qui est aussi impossible. Donc \(g(0) = 2\), et \(g(2) = g^2(0) = 4\).

Ensuite, si \(g(1) = 1 + 4k\) pour un entier \(k\), alors \(5 = g^2(1) = g(1 + 4k) = g(1) + 4k = 1 + 8k\), ce qui est impossible. Comme \(\{g(n) : n = 0, 1, 2, 3\}\) est un système complet de résidus modulo \(4\), on obtient \(g(1) = 3 + 4k\), donc \(g(3) = g^2(1) - 4k = 5 - 4k\), d'où \(k = 0\) ou \(k = 1\). On obtient donc soit

\[f(0) = 1, \; f(1) = 2, \; f(2) = 3, \; f(3) = 4, \qquad \text{soit} \qquad f(0) = 1, \; f(1) = 6, \; f(2) = 3, \; f(3) = 0,\]

ce qui donne les deux fonctions de la réponse.

Enfin, on vérifie que ces deux fonctions conviennent, comme dans la solution 1 ; grâce à (8), il suffit de le vérifier pour \(n = 0, 1, 2, 3\). \(\blacksquare\)