Aller au contenu

Shortlist 2016, N3

Domaine : Théorie des nombres · Difficulté : ★★☆☆☆ · Proposé par : non indiqué

Concepts : Divisibilité, PGCD et algorithme d'Euclide · Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler · Théorème des restes chinois

Solution officielle : Shortlist officielle 2016 (avec solutions), p. 75 (page 78 du PDF)

Problème 4 de l'OIM 2016

Ce problème a été choisi parmi ceux de la shortlist pour l'épreuve de l'OIM 2016, où il était le problème 4 (jour 2).

Énoncé

Define \(P(n) = n^2 + n + 1\). For any positive integers \(a\) and \(b\), the set

\[\{P(a), P(a+1), P(a+2), \ldots, P(a+b)\}\]

is said to be fragrant if none of its elements is relatively prime to the product of the other elements. Determine the smallest size of a fragrant set.

Indices : les idées clés
  • PGCD par combinaisons linéaires : des identités comme \((2n+7)P(n) - (2n-1)P(n+2) = 14\) bornent \(\gcd(P(n), P(n+k))\) pour \(k = 1, 2, 3\).
  • Congruences : on détermine exactement quand ces PGCD sont \(> 1\) en testant les résidus modulo \(7\) et modulo \(3\).
  • Impossibilité pour \(5\) éléments : l'élément central est premier avec ses deux voisins, ce qui force des conditions incompatibles modulo \(3\).
  • Théorème des restes chinois : il construit un ensemble parfumé de taille \(6\), en combinant des conditions modulo \(19\), \(7\) et \(3\).
Solutions

Les solutions ci-dessous suivent la solution officielle de la Shortlist 2016 (une solution et une remarque).

Réponse. \(6\).

Solution

Notons \((u, v)\) le PGCD de \(u\) et \(v\). On a les observations suivantes.

(i) \((P(n), P(n+1)) = 1\) pour tout \(n\). En effet,

\[(P(n), P(n+1)) = (n^2 + n + 1, n^2 + 3n + 3) = (n^2 + n + 1, 2n + 2).\]

Comme \(n^2 + n + 1\) est impair et que \((n^2 + n + 1, n + 1) = (1, n + 1) = 1\) (car \(n^2 + n + 1 = n(n+1) + 1\)), l'affirmation suit.

(ii) \((P(n), P(n+2)) = 1\) si \(n \not\equiv 2 \pmod 7\), et \((P(n), P(n+2)) = 7\) si \(n \equiv 2 \pmod 7\). On a

\[(2n + 7)P(n) - (2n - 1)P(n + 2) = 14,\]

et \(P(n)\) est impair, donc \((P(n), P(n+2))\) divise \(7\). On conclut en examinant directement \(n \equiv 0, 1, \ldots, 6 \pmod 7\).

(iii) \((P(n), P(n+3)) = 1\) si \(n \not\equiv 1 \pmod 3\), et \(3 \mid (P(n), P(n+3))\) si \(n \equiv 1 \pmod 3\). On a

\[(n + 5)P(n) - (n - 1)P(n + 3) = 18,\]

et \(P(n)\) est impair, donc \((P(n), P(n+3))\) divise \(9\). On conclut en examinant directement \(n \equiv 0, 1, 2 \pmod 3\).

Pas d'ensemble parfumé à \(5\) éléments ou moins. Supposons qu'il existe un ensemble parfumé d'au plus \(5\) éléments. On peut supposer qu'il en a exactement \(5\), \(P(a), P(a+1), \ldots, P(a+4)\), car l'argument suivant fonctionne aussi avec moins d'éléments. Considérons \(P(a+2)\). D'après (i), il est premier avec \(P(a+1)\) et \(P(a+3)\). Par symétrie, on peut supposer \((P(a), P(a+2)) > 1\). D'après (ii), \(a \equiv 2 \pmod 7\). La même observation montre alors que \((P(a+1), P(a+3)) = 1\) (car \(a + 1 \not\equiv 2 \pmod 7\)). Pour que l'ensemble soit parfumé, \(P(a+1)\) (premier avec \(P(a)\), \(P(a+2)\) et \(P(a+3)\)) doit avoir un facteur commun avec \(P(a+4)\), et \(P(a+3)\) (premier avec \(P(a+1)\), \(P(a+2)\), \(P(a+4)\)) doit avoir un facteur commun avec \(P(a)\) : il faut donc \((P(a), P(a+3)) > 1\) et \((P(a+1), P(a+4)) > 1\). D'après (iii), cela n'arrive que si \(a\) et \(a + 1\) sont tous deux congrus à \(1\) modulo \(3\), ce qui est absurde.

Un ensemble parfumé à \(6\) éléments. Par le théorème des restes chinois, on peut choisir un entier \(a > 0\) tel que

\[a \equiv 7 \pmod{19}, \qquad a + 1 \equiv 2 \pmod 7, \qquad a + 2 \equiv 1 \pmod 3.\]

Par exemple, \(a = 197\) convient. D'après (ii), \(P(a+1)\) et \(P(a+3)\) sont divisibles par \(7\). D'après (iii), \(P(a+2)\) et \(P(a+5)\) sont divisibles par \(3\). Enfin, comme \(19 \mid P(7) = 57\) et \(19 \mid P(11) = 133\), et que \(a \equiv 7\), \(a + 4 \equiv 11 \pmod{19}\), les nombres \(P(a)\) et \(P(a+4)\) sont divisibles par \(19\). L'ensemble \(\{P(a), P(a+1), \ldots, P(a+5)\}\) est donc parfumé.

La plus petite taille d'un ensemble parfumé est donc \(6\). \(\blacksquare\)

Remarques

Remarque 1. « Fragrant Harbour » (« port parfumé ») est la traduction anglaise de « Hong Kong ».

Remarque 2 (version renforcée). Il existe un ensemble parfumé de taille \(k\) pour tout \(k \geq 6\). Pour tout entier pair \(m\) non divisible par \(3\), on a \(m^2 + 3 \equiv 3 \pmod 4\), donc on peut trouver un nombre premier \(p_m \equiv 3 \pmod 4\) divisant \(m^2 + 3\) ; clairement \(p_m > 3\).

  • Si \(b = 2t \geq 6\), on choisit \(a\) tel que \(3 \mid 2(a + t) + 1\) et \(p_m \mid 2(a + t) + 1\) pour chaque \(1 \leq m \leq b\) avec \(m \equiv 2, 4 \pmod 6\). Pour \(0 \leq r \leq t\) avec \(3 \mid r\), on a \(a + t \pm r \equiv 1 \pmod 3\), donc \(3 \mid P(a + t \pm r)\). Pour \(0 \leq r \leq t\) avec \((r, 3) = 1\),

    \[4P(a + t \pm r) \equiv (-1 \pm 2r)^2 + 2(-1 \pm 2r) + 4 = 4r^2 + 3 \equiv 0 \pmod{p_{2r}}.\]

    Donc \(\{P(a), P(a+1), \ldots, P(a+b)\}\) est parfumé.

  • Si \(b = 2t + 1 \geq 7\) (le cas \(b = 5\) est celui du problème), on choisit \(a\) comme ci-dessus et, en plus, \(a + b \equiv 9 \pmod{13}\) ; un tel \(a\) existe par le théorème des restes chinois car \(p_m \neq 13\) pour tout \(m\). Le cas pair montre que \(\{P(a), \ldots, P(a+b-1)\}\) est parfumé ; de plus, comme \(13 \mid P(9) = 91\) et \(13 \mid P(3) = 13\), les nombres \(P(a+b)\) et \(P(a+b-6)\) sont divisibles par \(13\).