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Shortlist 2016, N8

Domaine : Théorie des nombres · Difficulté : ★★★★★ · Proposé par : non indiqué

Concepts : Principe des tiroirs · Polynômes à coefficients entiers · Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler · Polynômes : racines, relations de Viète, factorisation · Diviseurs premiers : Zsigmondy, premiers divisant un polynôme

Solution officielle : Shortlist officielle 2016 (avec solutions), p. 85 (page 88 du PDF)

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Énoncé

Find all polynomials \(P(x)\) of odd degree \(d\) and with integer coefficients satisfying the following property: for each positive integer \(n\), there exist \(n\) positive integers \(x_1, x_2, \ldots, x_n\) such that \(\frac{1}{2} < \frac{P(x_i)}{P(x_j)} < 2\) and \(\frac{P(x_i)}{P(x_j)}\) is the \(d\)-th power of a rational number for every pair of indices \(i\) and \(j\) with \(1 \leq i, j \leq n\).

Indices : les idées clés
  • Supprimer le terme en \(y^{d-1}\) par le changement de variable \(y = da_dx + a_{d-1}\).
  • Principe des tiroirs : pour \(n\) assez grand, \(d + 1\) des \(y_i\) sont congrus modulo un grand nombre premier \(p\).
  • Polynômes à coefficients entiers et congruences : \(y_1 \equiv y_i \pmod p\) entraîne \(cQ(y_1) \equiv cQ(y_i) \pmod p\) ; avec \(\operatorname{pgcd}(p-1, d) = 1\) (choix de \(p\) par le théorème de Dirichlet), le petit théorème de Fermat donne \(l \equiv m \pmod p\).
  • Comparer des ordres de grandeur : un entier non nul multiple de \(p\) (ou un rapport où \(p\) se simplifie) est trop gros pour être compensé par les termes de degré \(\leq d-2\).
  • Polynôme ayant trop de racines : un polynôme de degré \(\leq d\) ayant \(d+1\) racines est nul.
Solutions

Les solutions ci-dessous suivent la solution officielle de la Shortlist 2016 (une solution et une remarque).

Réponse. \(P(x) = a(rx + s)^d\), où \(a, r, s\) sont des entiers avec \(a \neq 0\), \(r \geq 1\) et \(\operatorname{pgcd}(r, s) = 1\).

Solution

Écrivons \(P(x) = a_dx^d + a_{d-1}x^{d-1} + \cdots + a_0\). Faisons le changement de variable \(y = da_dx + a_{d-1}\) et posons \(Q(y) = P(x)\) : \(Q\) est un polynôme à coefficients rationnels sans terme en \(y^{d-1}\). Écrivons

\[Q(y) = b_dy^d + b_{d-2}y^{d-2} + b_{d-3}y^{d-3} + \cdots + b_0, \qquad B = \max_{0 \leq i \leq d} |b_i| \quad (b_{d-1} = 0).\]

La condition dit que pour tout \(n \geq 1\), il existe des entiers \(y_1, \ldots, y_n\) tels que \(\frac12 < \frac{Q(y_i)}{Q(y_j)} < 2\) et \(\frac{Q(y_i)}{Q(y_j)}\) est la puissance \(d\)-ième d'un rationnel pour tous \(i, j\). Comme \(n\) peut être arbitrairement grand, on peut supposer dans la suite que tous les \(x_i\), donc tous les \(y_i\), sont des entiers plus grands qu'une constante absolue.

D'après le théorème de Dirichlet, comme \(d\) est impair, il existe un nombre premier \(p\) arbitrairement grand avec \(p \equiv 2 \pmod d\) ; en particulier \(\operatorname{pgcd}(p - 1, d) = 1\). Pour ce \(p\) fixé, on choisit \(n\) assez grand. Par le principe des tiroirs, \(d + 1\) des \(y_1, \ldots, y_n\) sont congrus modulo \(p\) ; quitte à renuméroter, \(y_i \equiv y_j \pmod p\) pour \(1 \leq i, j \leq d+1\).

Affirmation. \(\dfrac{Q(y_i)}{Q(y_1)} = \dfrac{y_i^d}{y_1^d}\) pour \(2 \leq i \leq d+1\).

Preuve. Écrivons \(\frac{Q(y_i)}{Q(y_1)} = \frac{l^d}{m^d}\) avec \(\operatorname{pgcd}(l, m) = 1\) et \(l, m > 0\). Sous forme développée :

\[b_d\left(m^dy_i^d - l^dy_1^d\right) = -\sum_{j=0}^{d-2} b_j\left(m^dy_i^j - l^dy_1^j\right). \tag{1}\]

Soit \(c\) le dénominateur commun des coefficients de \(Q\), de sorte que \(cQ(k)\) est entier pour tout entier \(k\). Comme \(c\) ne dépend que de \(P\), on peut supposer \(\operatorname{pgcd}(p, c) = 1\). Alors \(y_1 \equiv y_i \pmod p\) entraîne \(cQ(y_1) \equiv cQ(y_i) \pmod p\) (polynôme à coefficients entiers : \(a - b\) divise \(R(a) - R(b)\)).

Cas 1 : \(p \mid cQ(y_1)\). Alors \(p\) divise aussi \(cQ(y_i)\) et se simplifie dans la fraction \(\frac{cQ(y_i)}{cQ(y_1)}\), donc \(m^d \leq p^{-1}|cQ(y_1)|\). Comme \(|Q(y_1)| < 2By_1^d\) pour \(y_1\) grand,

\[m \leq p^{-\frac1d}(2cB)^{\frac1d}\,y_1. \tag{2}\]

Pour \(y_1, y_i\) grands, la relation \(\frac12 < \frac{Q(y_i)}{Q(y_1)} < 2\) donne

\[\frac13 < \frac{y_i^d}{y_1^d} < 3, \tag{3}\]

et on a aussi

\[\frac12 < \frac{l^d}{m^d} < 2. \tag{4}\]

Le membre de gauche de (1) vaut

\[b_d\left(my_i - ly_1\right)\left(m^{d-1}y_i^{d-1} + m^{d-2}y_i^{d-2}ly_1 + \cdots + l^{d-1}y_1^{d-1}\right).\]

Supposons par l'absurde \(my_i - ly_1 \neq 0\). Alors la valeur absolue de cette expression est au moins \(|b_d|\,m^{d-1}y_i^{d-1}\). D'autre part, la valeur absolue du membre de droite de (1) est au plus

\[\begin{aligned} \sum_{j=0}^{d-2} B\left(m^dy_i^j + l^dy_1^j\right) &\leq (d-1)B\left(m^dy_i^{d-2} + l^dy_1^{d-2}\right) \leq (d-1)B\left(7m^dy_i^{d-2}\right) \\ &\leq 7(d-1)B\left(p^{-\frac1d}(2cB)^{\frac1d}y_1\right)m^{d-1}y_i^{d-2} \leq 21(d-1)B\,p^{-\frac1d}(2cB)^{\frac1d}\,m^{d-1}y_i^{d-1}, \end{aligned}\]

en utilisant successivement (3), (4), (2) puis de nouveau (3). On obtient

\[|b_d|\,m^{d-1}y_i^{d-1} \leq 21(d-1)B\,p^{-\frac1d}(2cB)^{\frac1d}\,m^{d-1}y_i^{d-1},\]

ce qui est absurde pour \(p\) grand, puisque \(b_d, B, c, d\) ne dépendent que de \(P\). Donc \(my_i - ly_1 = 0\) dans ce cas.

Cas 2 : \(\operatorname{pgcd}(p, cQ(y_1)) = 1\). De \(cQ(y_1) \equiv cQ(y_i) \pmod p\) on tire \(l^d \equiv m^d \pmod p\). Comme \(\operatorname{pgcd}(p-1, d) = 1\), le petit théorème de Fermat permet de conclure \(l \equiv m \pmod p\). Alors \(p \mid my_i - ly_1\). Supposons par l'absurde \(my_i - ly_1 \neq 0\). Le membre de gauche de (1) a alors une valeur absolue au moins égale à \(|b_d|\,p\,m^{d-1}y_i^{d-1}\). Comme dans le cas 1 (avec cette fois \(m^d \leq |cQ(y_1)|\)), la valeur absolue du membre de droite est au plus

\[21(d-1)B(2cB)^{\frac1d}\,m^{d-1}y_i^{d-1},\]

qui est strictement plus petit que \(|b_d|\,p\,m^{d-1}y_i^{d-1}\) pour \(p\) grand. Contradiction encore, donc \(my_i - ly_1 = 0\).

Dans les deux cas, \(\frac{Q(y_i)}{Q(y_1)} = \frac{l^d}{m^d} = \frac{y_i^d}{y_1^d}\). \(\square\)

Conclusion. D'après l'affirmation, le polynôme \(Q(y_1)y^d - y_1^dQ(y)\) admet les racines \(y = y_1, y_2, \ldots, y_{d+1}\). Comme il est de degré au plus \(d\), c'est le polynôme nul. Donc \(Q(y) = b_dy^d\), ce qui donne

\[P(x) = a_d\left(x + \frac{a_{d-1}}{da_d}\right)^d.\]

Écrivons \(\frac{a_{d-1}}{da_d} = \frac sr\) avec \(r, s\) entiers, \(r \geq 1\) et \(\operatorname{pgcd}(r, s) = 1\). Comme \(P\) est à coefficients entiers (regarder le coefficient constant \(a_ds^d/r^d\)), il faut \(r^d \mid a_d\). En posant \(a_d = r^da\), on obtient \(P(x) = a(rx + s)^d\).

Réciproquement, un tel polynôme convient clairement : \(\frac{P(x_i)}{P(x_j)} = \left(\frac{rx_i + s}{rx_j + s}\right)^d\) est la puissance \(d\)-ième d'un rationnel.

Précision ajoutée : le livret dit seulement que c'est évident ; il suffit par exemple de prendre \(x_i = N + i\) (\(1 \leq i \leq n\)) avec \(N\) assez grand pour que tous les rapports \(\frac{rx_i + s}{rx_j + s}\) soient assez proches de \(1\). \(\blacksquare\)

Remarques

Remarque. On peut se passer du nombre premier \(p\) et du théorème de Dirichlet. On montre facilement que chaque \(P(x_i)\) s'écrit \(uv_i^d\) avec \(u, v_i\) entiers, où \(u\) n'est divisible par la puissance \(d\)-ième d'aucun nombre premier (\(u\) ne dépend que de \(P\)). En fixant un grand entier \(q\) et en prenant \(n\) grand, le principe des tiroirs permet de supposer \(x_1 \equiv \cdots \equiv x_{d+1}\) et \(v_1 \equiv \cdots \equiv v_{d+1} \pmod q\) ; la suite est analogue au cas 2.

Autre variante : pour \(n\) grand et \(2 \leq i \leq n\), écrivons \(\frac{Q(y_i)}{Q(y_1)} = \frac{l_i^d}{m_i^d}\). Comme dans le cas 1, s'il y a \(d\) indices pour lesquels les entiers \(\frac{c|Q(y_1)|}{m_i^d}\) sont minorés par une constante convenable ne dépendant que de \(P\), on établit l'affirmation avec ces \(y_i\) et on conclut ; de même, comme dans le cas 2, s'il y a \(d\) indices pour lesquels les entiers \(|m_iy_i - l_iy_1|\) sont minorés de même. Il reste le cas où \(\frac{c|Q(y_1)|}{m_i^d} \leq M\) et \(|m_iy_i - l_iy_1| \leq N\) pour \(2 \leq i \leq n_0\), avec \(M, N\) des constantes et \(n_0\) grand. Il n'y a alors qu'un nombre fini de choix pour \(m_i\) et \(m_iy_i - l_iy_1\) ; par le principe des tiroirs, on peut supposer \(m_i = m\) et \(m_iy_i - l_iy_1 = t\) pour \(2 \leq i \leq d+2\). Alors

\[\frac{Q(y_i)}{Q(y_1)} = \frac{l_i^d}{m^d} = \frac{(my_i - t)^d}{m^dy_1^d},\]

donc \(Q(y_1)(my - t)^d - m^dy_1^dQ(y)\), de degré au plus \(d\), a les \(d+1\) racines \(y_2, \ldots, y_{d+2}\) : il est nul, et \(Q(y) = \frac{b_d}{m^d}(my - t)^d\). Comme \(Q\) n'a pas de terme en \(y^{d-1}\), \(t = 0\), ce qui donne la forme voulue de \(P\). Ces deux variantes fonctionnent aussi bien lorsque le degré \(d\) est pair.