Shortlist 2018, A1¶
Domaine : Algèbre · Difficulté : ★☆☆☆☆ · Proposé par : Switzerland
Concepts : Équations fonctionnelles : substitutions, injectivité, surjectivité · Valuations p-adiques et lemme LTE
Solution officielle : Shortlist officielle 2018 (avec solutions), p. 9 (page 11 du PDF)
Énoncé¶
Let \(\mathbb{Q}_{>0}\) denote the set of all positive rational numbers. Determine all functions \(f : \mathbb{Q}_{>0} \to \mathbb{Q}_{>0}\) satisfying
for all \(x, y \in \mathbb{Q}_{>0}\).
Indices : les idées clés
- Équations fonctionnelles : substitutions : les substitutions croisées \(x = f(a), y = b\) et \(x = f(b), y = a\) montrent que \(f(f(a))^2 / f(a)\) est une constante \(C\).
- Itérer la relation : \(f(a)/C\) est la puissance \(2^n\)-ième d'un rationnel, pour tout \(n\).
- Valuations p-adiques : un rationnel positif qui est une puissance \(2^n\)-ième pour tout \(n\) vaut \(1\), car les exposants de ses facteurs premiers devraient être divisibles par des puissances de \(2\) arbitrairement grandes.
Solutions
Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2018 (une solution et deux remarques).
Réponse. La seule solution est la fonction constante \(f(x) = 1\) pour tout \(x \in \mathbb{Q}_{>0}\).
Solution¶
Notons \((*)\) l'équation de l'énoncé. Soient \(a, b \in \mathbb{Q}_{>0}\). Par substitution de \(x = f(a)\), \(y = b\), puis de \(x = f(b)\), \(y = a\) dans \((*)\), on obtient
d'où
Il existe donc une constante \(C \in \mathbb{Q}_{>0}\) telle que \(f\big(f(a)\big)^2 = C f(a)\), c'est-à-dire
Notons \(f^n(x) = f(f(\cdots f(x) \cdots))\) la \(n\)-ième itérée de \(f\). En appliquant (1) successivement à \(a\), \(f(a)\), \(f^2(a)\), ..., on obtient
pour tout entier \(n \geq 1\). Ainsi \(f(a)/C\) est la puissance \(2^n\)-ième d'un rationnel pour tout \(n \geq 1\). C'est impossible si \(f(a)/C \neq 1\) : sinon, un nombre premier apparaît dans la décomposition de \(f(a)/C\) avec un exposant (sa valuation p-adique) non nul, et cet exposant ne peut pas être divisible par \(2^n\) pour \(n\) assez grand. Donc \(f(a) = C\) pour tout \(a \in \mathbb{Q}_{>0}\).
Enfin, en reportant \(f \equiv C\) dans \((*)\), on obtient \(C = C^3\), d'où \(C = 1\) (car \(C > 0\)). Réciproquement, \(f \equiv 1\) vérifie bien \((*)\) (\(1 = 1\)). La fonction \(f \equiv 1\) est donc l'unique solution. \(\blacksquare\)
Remarques¶
Remarque 1 (variante : calculer d'abord \(f(1)\)). Posons \(d = f(1)\). Avec \(x = y = 1\), on obtient \(f(d^2) = d^3\). Avec \(x = d^2\), \(y = 1\) : \(f(d^6) = f(d^2)^2 \cdot d = d^7\). Avec \(x = 1\), \(y = d^2\) : \(f(d^6) = f(1)^2 f(d^2) = d^2 \cdot d^3 = d^5\). Donc \(d^7 = d^5\), d'où \(d = 1\). La suite de la solution se simplifie un peu, puisqu'on sait alors que \(C = \frac{f(f(1))^2}{f(1)} = 1\) : l'équation (1) devient simplement \(f(f(a))^2 = f(a)\), ce qui donne \(f(a) = 1\) de la même manière.
Remarque 2. Sur les réels strictement positifs, il existe des solutions non constantes de \((*)\), par exemple \(f(x) = \sqrt{x}\). L'hypothèse « rationnels » est donc essentielle.