Shortlist 2018, N4¶
Domaine : Théorie des nombres · Difficulté : ★★★☆☆ · Proposé par : Mongolia
Concepts : Divisibilité, PGCD et algorithme d'Euclide · Valuations p-adiques et lemme LTE
Solution officielle : Shortlist officielle 2018 (avec solutions), p. 62 (page 64 du PDF)
Problème 5 de l'OIM 2018
Ce problème a été choisi parmi ceux de la shortlist pour l'épreuve de l'OIM 2018, où il était le problème 5 (jour 2).
Énoncé¶
Let \(a_1, a_2, \ldots, a_n, \ldots\) be a sequence of positive integers such that
is an integer for all \(n \geq k\), where \(k\) is some positive integer. Prove that there exists a positive integer \(m\) such that \(a_n = a_{n+1}\) for all \(n \geq m\).
Indices : les idées clés
- Regarder la différence \(s_{n+1} - s_n\) : elle ne fait intervenir que \(a_1\), \(a_n\) et \(a_{n+1}\), et doit être entière pour \(n \geq k\).
- PGCD (solution 1) : deux petits lemmes de divisibilité montrent que \(d_n = \gcd(a_1, a_n)\) divise \(d_{n+1}\), donc se stabilise, puis que \(a_{n+1} \mid a_n\) à partir d'un certain rang.
- Valuations \(p\)-adiques (solution 2) : pour chaque premier \(p\) (en nombre fini), la suite \(v_p(a_n)\) est monotone et bornée à partir d'un certain rang.
- Suite monotone d'entiers bornée : elle est stationnaire.
Solutions
Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2018 (deux solutions et une remarque).
Solution 1¶
L'argument repose sur deux faits. Soient \(a, b, c\) des entiers positifs tels que \(N = \frac{b}{c} + \frac{c - b}{a}\) soit un entier.
- Si \(\gcd(a, c) = 1\), alors \(c\) divise \(b\).
- Si \(\gcd(a, b, c) = 1\), alors \(\gcd(a, b) = 1\).
Pour (1), on écrit \(ab = c(aN + b - c)\) ; comme \(\gcd(a, c) = 1\), \(c\) divise \(b\). Pour (2), on écrit \(c^2 - bc = a(cN - b)\), donc \(a\) divise \(c^2 - bc\). Si \(d = \gcd(a, b)\), alors \(d\) divise \(c^2\) ; comme \(d\) et \(c\) sont premiers entre eux par hypothèse, \(d = 1\).
Posons \(s_n = \frac{a_1}{a_2} + \frac{a_2}{a_3} + \cdots + \frac{a_{n-1}}{a_n} + \frac{a_n}{a_1}\) et \(\delta_n = \gcd(a_1, a_n, a_{n+1})\). On a
Soit \(n \geq k\) ; ce nombre est entier. Comme \(\gcd(a_1/\delta_n, a_n/\delta_n, a_{n+1}/\delta_n) = 1\), le fait (2) donne \(\gcd(a_1/\delta_n, a_n/\delta_n) = 1\). Soit \(d_n = \gcd(a_1, a_n)\). Alors \(d_n = \delta_n \cdot \gcd(a_1/\delta_n, a_n/\delta_n) = \delta_n\), donc \(d_n\) divise \(a_{n+1}\), et par conséquent \(d_n\) divise \(d_{n+1}\).
Ainsi, à partir d'un certain rang, les \(d_n\) forment une suite croissante (au sens large) d'entiers majorés par \(a_1\) : il existe \(\ell\) tel que \(d_n = d\) pour tout \(n \geq \ell\).
Enfin, pour \(n \geq \ell\), on a \(\gcd(a_1/d, a_{n+1}/d) = 1\) et \(\delta_n = d\) ; le fait (1) (avec \(a = a_1/d\), \(b = a_n/d\), \(c = a_{n+1}/d\)) montre que \(a_{n+1}/d\) divise \(a_n/d\), donc \(a_n \geq a_{n+1}\) pour tout \(n \geq \ell\). Une suite décroissante d'entiers positifs est stationnaire, d'où la conclusion. \(\blacksquare\)
Solution 2¶
On garde la notation \(s_n\). Cette fois, on étudie les exposants des nombres premiers dans la décomposition des \(a_n\) pour \(n \geq k\).
Pour tout \(n \geq k\), le nombre
est entier. En le multipliant par \(a_1\), on voit que \(a_1 a_n / a_{n+1}\) est entier, donc \(a_{n+1} \mid a_1 a_n\). Par suite \(a_n \mid a_1^{n-k} a_k\), donc tous les diviseurs premiers de \(a_n\) sont parmi ceux de \(a_1 a_k\). Ces premiers sont en nombre fini ; il suffit donc de montrer que l'exposant de chacun d'eux dans \(a_n\) est constant à partir d'un certain rang.
Soit \(p\) un premier divisant \(a_1 a_k\). On note \(v_p(q)\) l'exposant de \(p\) dans la décomposition d'un rationnel non nul \(q\) (valuation \(p\)-adique). Un indice \(n \geq k\) est dit grand si \(v_p(a_n) \geq v_p(a_1)\).
Cas 1 : il existe un indice grand \(n\). Si \(v_p(a_{n+1}) < v_p(a_1)\), alors \(v_p(a_n/a_{n+1})\) et \(v_p(a_n/a_1)\) sont positifs ou nuls, tandis que \(v_p(a_{n+1}/a_1) < 0\) ; donc \((*)\) n'est pas entier, contradiction. L'indice \(n + 1\) est donc grand aussi. D'autre part, si \(v_p(a_{n+1}) > v_p(a_n)\), alors \(v_p(a_n/a_{n+1}) < 0\) tandis que \(v_p\big((a_{n+1} - a_n)/a_1\big) \geq 0\), et \((*)\) n'est pas entier non plus. Ainsi \(v_p(a_1) \leq v_p(a_{n+1}) \leq v_p(a_n)\).
On applique ces arguments successivement aux indices \(n + 1, n + 2, \ldots\) : tous les indices supérieurs à \(n\) sont grands, et la suite \(v_p(a_n), v_p(a_{n+1}), v_p(a_{n+2}), \ldots\) est décroissante (au sens large), donc stationnaire.
Cas 2 : aucun indice n'est grand. On a \(v_p(a_1) > v_p(a_n)\) pour tout \(n \geq k\). Si l'on avait \(v_p(a_{n+1}) < v_p(a_n)\) pour un certain \(n \geq k\), alors
et \((*)\) ne serait pas entier. Donc la suite \(v_p(a_k), v_p(a_{k+1}), v_p(a_{k+2}), \ldots\) est croissante (au sens large) et majorée par \(v_p(a_1)\) ; elle est donc stationnaire. \(\blacksquare\)
Remarques¶
Remarque. Pour tout entier impair \(m > 0\), le \(m\)-uplet \((2, 2^2, \ldots, 2^{m-1}, 2^m)\) suivi d'une infinité de \(1\) donne une suite stationnaire vérifiant la condition de l'énoncé : le rang de stabilisation peut donc être arbitrairement grand.
Il existe des exemples plus élaborés. La solution de la partie (b) du problème 10532 de l'American Mathematical Monthly (vol. 105, n° 8, octobre 1998, p. 775–777) montre que, pour tout entier \(m \geq 5\), il existe un \(m\)-uplet \((a_1, \ldots, a_m)\) d'entiers positifs distincts avec \(\gcd(a_1, a_2) = \gcd(a_2, a_3) = \cdots = \gcd(a_{m-1}, a_m) = \gcd(a_m, a_1) = 1\) et \(\frac{a_1}{a_2} + \cdots + \frac{a_{m-1}}{a_m} + \frac{a_m}{a_1}\) entier. En posant \(a_{m+k} = a_1\) pour \(k \geq 1\), on obtient une suite stationnaire vérifiant la condition. Exemple des auteurs : \(b_1 = 2\), \(b_{k+1} = 1 + b_1 \cdots b_k = 1 + b_k(b_k - 1)\), \(B_m = b_1 \cdots b_{m-4} = b_{m-3} - 1\), et
On vérifie que \(a_1 < a_{m-1} < a_{m-2} < \cdots < a_3 < a_2 < a_m\). Connaître cet exemple n'aide en rien à résoudre le problème.