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Shortlist 2022, N3

Domaine : Théorie des nombres · Difficulté : ★★☆☆☆ · Proposé par : Croatia

Concepts : Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler

Solution officielle : Shortlist officielle 2022 (avec solutions), p. 62 (page 64 du PDF)

Énoncé

Let \(a > 1\) be a positive integer, and let \(d > 1\) be a positive integer coprime to \(a\). Let \(x_1 = 1\) and, for \(k \geq 1\), define

\[x_{k+1} = \begin{cases} x_k + d & \text{if } a \text{ doesn't divide } x_k, \\ x_k / a & \text{if } a \text{ divides } x_k. \end{cases}\]

Find the greatest positive integer \(n\) for which there exists an index \(k\) such that \(x_k\) is divisible by \(a^n\).

Indices : les idées clés
  • Majoration de la suite : on a toujours \(x_k < ad\), ce qui donne immédiatement la borne \(a^n < ad\).
  • Congruences, théorèmes de Fermat et d'Euler (solution 1) : modulo \(d\), une étape montante ne change pas le reste et une étape descendante le multiplie par \(a^{-1}\).
  • Inverser la récurrence (solution 2) : l'application \(x \mapsto x_{k+1}\) est une permutation d'un ensemble fini, donc la suite est périodique et repasse par \(1\) ; en remontant le temps depuis \(1\), on trouve \(a, a^2, \ldots, a^n\).
  • Écriture en base \(a\) (solution 3) : la périodicité donne une égalité de développements en base \(a\) qui force \(n\) divisions consécutives.
Solutions

Les solutions ci-dessous suivent les solutions officielles de la Shortlist 2022 (trois solutions).

Réponse : \(n\) est l'unique entier tel que \(d < a^n < ad\).

(Cet entier existe et est unique : les puissances de \(a\) sont séparées d'un facteur \(a\), et \(a^n \neq d\) car \(\gcd(a, d) = 1\) et \(d > 1\).)

Solution 1

Par une récurrence immédiate, chaque \(x_k\) est premier avec \(d\).

Majoration. Il ne peut pas y avoir plus de \(a - 1\) étapes montantes consécutives (parmi \(a\) termes consécutifs \(x, x+d, \ldots, x + (a-1)d\), l'un est divisible par \(a\), car \(d\) est inversible modulo \(a\)). Par récurrence, on obtient : \(x_k < da\) si \(x_k = x_{k-1} + d\), et \(x_k < d\) si \(x_k = x_{k-1}/a\) ou \(k = 1\). En particulier \(x_k < ad\) pour tout \(k\) ; si \(a^n\) divise un \(x_k\), alors \(a^n \leq x_k < ad\). Cela donne la borne supérieure : \(a^{n+1} > ad\) ne divise aucun terme.

Existence. La suite est bornée, à valeurs entières, et chaque terme détermine le suivant : elle est donc (à partir d'un certain rang) périodique, et les étapes montantes comme descendantes se produisent une infinité de fois. Notons \(a^{-k}\) l'inverse de \(a^k\) modulo \(d\). Une étape montante ne change pas le reste modulo \(d\) et une étape descendante le multiplie par \(a^{-1}\) ; la suite contient donc des termes congrus à \(1, a^{-1}, a^{-2}, \ldots\) modulo \(d\). Comme \(a\) est d'ordre fini modulo \(d\), le reste \(a^n\) est l'un d'eux.

Soit \(x_{k_0}\) le premier terme tel que \(x_{k_0} \equiv a^n \pmod d\). On a soit \(k_0 = 1\), soit \(x_{k_0} = x_{k_0 - 1}/a\) (un terme obtenu par une étape montante a le même reste que le précédent, qui serait apparu plus tôt). Dans les deux cas \(x_{k_0} < d < a^n < da\), et donc

\[x_{k_0} \in \{a^n - d,\ a^n - 2d,\ \ldots,\ a^n - (a-1)d\}.\]

Aucun élément de cet ensemble n'est divisible par \(a\) (car \(a \mid a^n\) et \(a \nmid jd\) pour \(1 \leq j \leq a-1\)) : la suite ajoute donc \(d\) à chaque étape et atteint la valeur \(a^n\) dans les \(a - 1\) étapes suivantes. \(\blacksquare\)

Note : le livret officiel écrit « \(x_{k_0} \equiv a^{-n} \pmod d\) » ; c'est le reste \(a^n\) qui est nécessaire pour l'appartenance à l'ensemble ci-dessus, et c'est ce que nous avons écrit.

Solution 2

Comme dans la première solution, \(x_k\) est premier avec \(d\) et \(x_k < ad\) pour tout \(k\). Posons

\[S = \{x \in \mathbb{Z}_{>0} : 0 < x < ad,\ \gcd(x, d) = 1\} \quad \text{et} \quad f : S \to S,\ f(x) = \begin{cases} x + d & \text{si } a \nmid x, \\ x/a & \text{si } a \mid x. \end{cases}\]

On a donc \(x_1 = 1\) et \(x_{k+1} = f(x_k)\).

La récurrence est inversible. Supposons \(f(x) = y\) avec \(x, y \in S\). Si \(y > d\), alors \(y - d \in S\) mais \(a y \notin S\) ; sinon, si \(y < d\), alors \(a y \in S\) mais \(y - d \notin S\). Ainsi \(f\) est une permutation de \(S\), d'inverse

\[f^{-1}(y) = \begin{cases} y - d & \text{si } y > d, \\ a \cdot y & \text{si } y < d, \end{cases} \qquad \text{pour tout } y \in S.\]

Il s'ensuit que la suite est périodique (permutation d'un ensemble fini), et repasse donc une infinité de fois par la valeur initiale \(1\). Soit \(k_1 > 1\) tel que \(x_{k_1} = 1\). Comme \(a^j < d\) pour \(j < n\),

\[x_{k_1} = 1, \quad x_{k_1 - 1} = f^{-1}(1) = a, \quad x_{k_1 - 2} = f^{-1}(a) = a^2, \quad \ldots, \quad x_{k_1 - n} = a^n.\]

\(\blacksquare\)

Solution 3

Comme dans la première solution, \(x_k\) est premier avec \(d\) et \(x_k < ad\) pour tout \(k\). Il s'agit de prouver qu'il existe \(n\) indices descendants consécutifs (un indice \(k\) est descendant si \(x_k = x_{k-1}/a\)).

Posons \(m_0 = 0\), notons \(m_k\) le \(k\)-ième plus petit indice descendant, et définissons \(y_k = x_{m_k}\) (la sous-suite des termes d'indice descendant, avec \(y_0 = x_1 = 1\) par convention). Pour chaque \(k \geq 0\), on peut écrire

\[y_{k+1} = \frac{y_k + z_k d}{a}\]

avec \(z_k \in \{0, 1, \ldots, a-1\}\), où \(z_k = 0\) si et seulement si \(y_k\) et \(y_{k+1}\) sont consécutifs dans la suite d'origine. Par récurrence,

\[y_k = \frac{1 + (z_0 + z_1 a + \cdots + z_{k-1} a^{k-1}) d}{a^k}.\]

Comme \((y_k)\) est bornée, elle est (à partir d'un certain rang) périodique. Considérons \(y_u = y_{u+v}\) avec \(v \geq 1\). On a

\[\frac{1 + (z_0 + z_1 a + \cdots + z_{u+v-1} a^{u+v-1}) d}{a^{u+v}} = \frac{1 + (z_0 + z_1 a + \cdots + z_{u-1} a^{u-1}) d}{a^u}.\]

En réarrangeant :

\[\frac{a^v - 1}{d} = z_0 + z_1 a + \cdots + z_{v-1} a^{v-1} + (z_v - z_0) a^v + \cdots + (z_{u+v-1} - z_{u-1}) a^{u+v-1}.\]

Le membre de droite est un entier, donc \(d \mid a^v - 1\) ; en particulier \(a^v - 1 \geq d > a^{n-1}\) (car \(a^{n-1} \cdot a = a^n < ad\)), d'où \(v \geq n\). Notons \(A = z_0 + z_1 a + \cdots + z_{v-1} a^{v-1}\), de sorte que \(0 \leq A < a^v\), et le membre de droite s'écrit \(A + a^v B\) avec \(B\) entier. Comme \(0 < \frac{a^v - 1}{d} < a^v\), on a forcément \(B = 0\), donc \(A = \frac{a^v - 1}{d}\).

Comme \(d > a^n / a = a^{n-1}\), on a \(A = \frac{a^v - 1}{d} < a^{v-n+1}\). Dans l'écriture en base \(a\) de \(A\), les chiffres de \(a^{v-n+1}, \ldots, a^{v-1}\) sont donc nuls : \(z_{v-n+1} = \cdots = z_{v-1} = 0\). Ainsi les indices descendants \(m_{v-n+1}, m_{v-n+2}, \ldots, m_v\) sont consécutifs : il y a \(n\) indices descendants consécutifs dans la suite d'origine, et le terme \(x_{m_{v-n+1} - 1}\) qui précède ces \(n\) divisions est divisible par \(a^n\). \(\blacksquare\)

Note : le livret officiel écrit « le membre de gauche est strictement inférieur à \(a^{v-n}\) » et en déduit \(z_{v-n} = \cdots = z_{v-1} = 0\) ; avec \(d > a^{n-1}\), la majoration correcte est \(a^{v-n+1}\), ce qui donne \(n - 1\) chiffres nuls, soit bien \(n\) indices descendants consécutifs. Nous avons aussi détaillé pourquoi les coefficients éventuellement négatifs \(z_{j+v} - z_j\) ne gênent pas.